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[Żubrówka] Le journal intime d’un néo-pro - fini !

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Re: [Żubrówka] Le journal intime d’un néo-pro

Message06 Déc 2014, 18:49

J'avais déjà adoré ton récit sur pcm05 et je continue toujours à prendre autant de plaisir à lire celui-là. :) Je m'excuse juste de ne pas avoir posté plus tôt. :oops:
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LeRat

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Re: [Żubrówka] Le journal intime d’un néo-pro

Message10 Déc 2014, 09:48

pas de souci, et merci !

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Journal intime de Seweryn Szymaszek

29 septembre 2013
Le doux son de la pluie toscane


C’était la coupure du Mondial, la fédération avait sélectionné Sebastian parmi les U23 polonais ! Dans le circuit exigeant de Florence, ses talents de punchers pouvaient faire mouche. Avec Weronika et Edyta, nous ne pouvions pas rater cet événement. Nous avons donc ‘emprunté’ le mini-bus des bisons et nous sommes relayés pour parcourir les 1 500 kms jusqu’en Toscane. Ma petite sœur, chauffeur de bus de profession, m’a obligé à rouler de nuit, je la soupçonnais de m’empêcher de profiter de la promiscuité avec Edyta, offerte par le lit improvisé à l’arrière du véhicule… Plombé par le sommeil, je me suis arrêté à 4h du matin sur une aire de repos, Weronika n’a pas voulu se réveiller, ni que je me joigne à mes deux voisines dans le lit, j’ai donc ravalé ma fierté et me suis endormi sur les sièges avant, le levier de vitesse dans le dos…

Le lendemain, j’ai réussi à bouder ma sœur pendant une matinée, mais, malgré la douleur dorsale, la bonne humeur d’Edyta m’a contaminée. A Florence, nous avons réservé un emplacement dans un camping, Weronika avait apporté une petite tente quechua, elle me la montra du doigt : « Toi dans la niche ! nous dans le bus ! », elle me quitta en tapotant mon crâne, « gentil toutou… ». Je levais les yeux au ciel et priais le soleil de percer ces foutus nuages.

Sebastian et moi avons testé le circuit pendant deux tours, relevé les pièges et les zones propices aux attaques. En effet, l’épreuve s’annonçait particulièrement difficile, avec ses deux côtes et nombreux virages sur un parcours dense. Au sein de la sélection polonaise, mon camarade avait carte blanche, il avait prévu de rester avec les favoris le plus longtemps possible et ciblé une place dans les 25 premiers.

Le jour J, ma sœur Weronika et ma copine Edyta s’étaient habillées en rouge et blanc, et avaient installé une large banderole au sommet du Fiesole : « Go Sebastian ! Punk attitude ! ». A chaque passage du peloton, les filles criaient comme des demeurées, puis elles dansaient au rythme de l’électro-funk, crachée par leur enceinte portable. Comme d’habitude, lorsque mes voisines m’accompagnaient, je me faisais très discret.

Dans le dernier tour, quelques secondes après le passage d’un slovène et d’un français, les italiens étiraient le groupe des favoris, plusieurs leaders sortaient, c’était le bon moment pour attaquer. A leur passage, je cherchai Seb du regard et l’aperçut en queue de groupe au bord de la rupture, les 6 tours précédents pesaient lourds dans les cuisses de mon ami. Plus tard, les filles, équipées de leurs smartphones connectés, m’informèrent de son classement (40è), il avait dû laisser filer dans les derniers kilomètres. Nous le retrouvâmes le soir dans une pizzeria du centre-ville, il n’avait pas l’air trop déçu. Il me raconta d’un air excité ses aventures du jour : la crevaison avant d’entrer sur le circuit, le coup de pression des français, il a failli suivre l’attaque d’Allaphilippe dans l’avant-dernier tour, « Je n’ai pas réussi, c’est à ce moment-là que j’ai compris », l’accélération des italiens, la forte impression laissée par C. Ewan et M. Mohoric et le coup de bambou dans le dernier mur. J’avoue, en l’écoutant, j’étais très jaloux et n’avais qu’une hâte : rouler et m’amuser.

Le soir, dans le camping, il pleuvait, j’étais seul dans ma petite tente. Je fixais le plafond éclairé par la lampe faiblissante et imaginais un mondial où je jouerais les premiers rôles, où Seb gagnerait à la fin. Les gouttes de pluie tombaient bruyamment sur la toile et j’entendais les applaudissements des spectateurs, admiratifs de notre victoire historique !

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Trop bon ce montage !
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LeRat

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Re: [Żubrówka] Le journal intime d’un néo-pro

Message15 Déc 2014, 10:08

Journal intime de Seweryn Szymaszek

4 octobre 2013
Le Münsterland Giro


Après le Championnat du Monde pro où Kemar et Marczynski ont été contraints à l’abandon dans des conditions dantesques, le Tour du Münsterland accuellait quelques stars du peloton sur un parcours de plaine : déjà double tenant du titre, M. Kittel venait en épouvantail, T. Martin et L. Boom figuraient en outsider. Je n’avais pas beaucoup de choix, prendre une échappée et résister.

Première nouvelle du matin, Kittel, malade, renonçait finalement au départ, cela changeait totalement la donne. Les premiers kilomètres le confirmèrent, j’avais suivi une attaque initiée par un camarade de la Team Argos. Dans la fraîche campagne de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, nous nous présentions à 8 dans l’échappée pour 8 équipes différentes, ça roulait bien, ça sentait bon. L’augmentation de l’écart me confirma cette impression, le peloton nous laissa jusqu’à 8mn d’avance à 120 kms de l’arrivée, puis, mise à part quelques équipes locales, seule la Lotto accéléra le rythme. Notre efficacité maintenait l’écart à 4mn à 50 kms. Je participais pleinement à l’activité du groupe, je me dépensais sans compter car, contrairement à mes compagnons, je ne visais pas la victoire.

A 20 km, l’ardoisier nous laissait 3mn d’avance, je commençais à sérieusement fatiguer. Les légers faux plats montants suffisaient à me rétrograder en queue de groupe, le vent du nord se levait, je m’abritais mais cette attitude pouvait contrarier mes camarades. Tout à coup, le coureur des Omega Pharma attaqua, suivi de ceux de la Rabo Dev, Belkin, Topsport et Argos, il m’était impossible de réagir, tout comme mes deux autres compagnons d’échappée qui ne quittèrent plus ma roue. Je me considérais seul et me lançai dans un effort solitaire d’une vingtaine de minutes. A 5km, mes deux sangsues attaquèrent, je ne les regardai même pas, continuant à brûler mes cuisses, souffler comme un asmathique et serrer les dents jusqu’au sang.

A 500 mètres, mon inquiétude eut raison de mon bon sens, je me retournai et sursautai en découvrant le peloton débouler au bout de la ligne droite, le geste faillit me jeter au sol. Bien qu’effrayé par cette perspective arrière, je ne parvins pas à accélérer. Depuis sa moto de suiveur, Rafal Janik, le journaliste sportif de Varsovie qui me suivait dans le cadre de l’opération réhabilitation de l’image de l’équipe Zubrowka, m’encouragea à s’en décrocher la machoire. Ce fut le demi-kilomètre le plus long de ma jeune carrière. Je franchissais la ligne d’arrivée en 8ème position, 7 secondes devant le peloton… J’avais réussi ! je levais les bras comme s’il s’agissait d’une véritable victoire, devant les spectateurs interloqués par mon geste, puis m’écroulais dans un coin, épuisé par mon contre-la-montre.

1 Jos van Emden (Ned) Belkin Pro Cycling 4:21:37
2 Tom Veelers (Ned) Team Argos-Shimano 0:00:06
3 Iljo Keisse (Bel) Omega Pharma-Quick-Step Cycling Team 0:00:11
4 Michael Van Staeyen (Bel) Topsport Vlaanderen-Baloise 0:00:12
5 Dylan Van Baarle (Ned) Rabobank Development Team 0:00:12
6 Martinj Keiser (Ned) Vacansoleil-DCM Pro Cycling Team 0:01:38
7 Markus Eichler (Ger) NetApp Endura 0:01:46
8 Seweryn Szymaszek (Pol) Zubrowka 0:02:15
9 Rick Zabel (Ger) Rabobank Development Team 0:02:22
10 Moreno Hofland (Ned) Belkin Pro Cycling 0:02:22

Mes copains bisons et Janik m’aidèrent à me relever, puis firent une haie d’honneur à coup de “Hip hip hip hourra !” Sur son podium, le speaker, accueillant le vainqueur du jour, n’arrivait plus à placer un mot et dut attendre que ‘ces satanés polonais’ arrêtent leur vacarme pour une anecdotique 8ème place. Je ne savais plus où me mettre…

Le soir, je reçus un bref SMS de Li Mei : « Bilan sportif au terme du contrat : j’ai coché ok ».

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adele741

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Re: [Żubrówka] Le journal intime d’un néo-pro

Message16 Déc 2014, 10:24

bien que votre texte est bien long, je vous remercie, vous avez raison , je vais bien réfléchir


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LeRat

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Re: [Żubrówka] Le journal intime d’un néo-pro

Message14 Jan 2015, 12:22

Journal intime de Seweryn Szymaszek

15 octobre 2013
La chronique du néo-pro, par R. Janik


Qui connait Seweryn Szymaszek ? Qui a déjà rencontré sa petite frimousse timide et rebelle ? Qui sait, vous l’avez peut-être déjà croisé à l’aube sur les routes valonnées alentours de Varsovie, la langue pendante et le regard illuminé… Seweryn Szymaszek est un bison bien de chez nous, un cycliste néo-pro. Au travers de cette chronique, nous suivrons les aventures de ce futur champion au sein de l’équipe Zubrowka.

Hier, lors du Tour de Lombardie, dernier grande classique de l’année, Seweryn a protégé du vent humide son leader Mateusz Kemar jusqu’au pied de la Madonna del Ghisallo. Dans des conditions dantesques, mon jeune ami néo-pro a fendu pluie et brouillard avec un courage immense, achevant l’épreuve au sein du dernier groupe, à la 52ème position. 145 des 200 cyclistes au départ ont mis pied à terre… Quelques mètres après la ligne d’arrivée à Lecco, je relevais avec douceur Seweryn dans sa couverture de survie, son soupir et son regard m’en dirent long sur sa fatigue. Il faut dire qu’il a grandi à la dure, le gamin, un vrai bison de Bialowieza ! Son père abandonna le foyer avant sa naissance, sa mère alcoolique le frappait, Seweryn défendait sa petite sœur jusqu’au sang, il conserva de cette rude expérience un gout prononcé pour la douleur.

Pourtant, quelques minutes plus tard, Seweryn a déjà récupéré : « Je suis triste que la saison s’achève déjà », m’avoua-t-il avec un clin d’œil. Invité par les organisateurs du Tour de Lombardie, Zubrowka a souhaité se tester sur un Monument, sacrifiant sa 2ème place qualificative pour le ProTour au profit d’une autre formation. « Nous ne sommes pas prêt, la 12ème position de Mateusz, pourtant en pleine forme, nous le démontre. Il a fait une très belle course, toutefois c’est insuffisant pour exister sur le circuit majeur, nous devons encore progresser », m’indiqua Maciej Bodnar, le capitaine de route et manager par intérim.

1 Joaquim Rodríguez (ESP) Katusha en 6 h 10 min 18s
2 Alejandro Valverde (ESP) Movistar + 17s
3 Rafał Majka (POL) Saxo-Tinkoff 23s
4 Daniel Martin (IRL) Garmin-Sharp 45s
5 Enrico Gasparotto (ITA) Astana 45s
6 Daniel Moreno (ESP) Katusha 55s
7 Pieter Serry (BEL) Omega Pharma-Quick Step 55s
8 Franco Pellizotti (ITA) Androni Giocattoli-Venezuela 55s
9 Ivan Santaromita (ITA) BMC Racing 55s
10 Robert Gesink (NED) Belkin 55s
11 Ivan Basso (ITA) Cannondale 55s
12 Mateusz Kemar (POL) Zubrowka 55s

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La Madonna del Ghisallo
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LeRat

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Re: [Żubrówka] Le journal intime d’un néo-pro

Message25 Fév 2015, 20:38

Journal intime de Seweryn Szymaszek

28 octobre 2013
La chronique du néo-pro, par R. Janik


Dans le cadre du scandale médiatique révélant cet été un système d’expérimentation de dopage, le Tribunal arbitral du sport, situé à Lausanne, a rendu son verdict : il innocente définitivement la direction de la firme Zubrowka, ainsi que les coureurs de l’équipe, et accuse avec fermété le manager et son staff. Etant donné la récidive, Johan Bruyneel écope d’une sanction lourde et méritée, l’interdiction à vie de diriger une équipe. Mais l’affaire n’est pas achevée pour autant, car l’instruction au pénal se poursuit et un procès pourrait se tenir à Varsovie au printemps prochain.

A l’occasion de la fête des bisons sur la place centrale de Varsovie, malheureusement boudée par le public et la météo, j’ai interrogé Sew Szymaszek, notre jeune néo-pro, sur ce premier arbitrage favorable à l’équipe. « Je ne suis au courant de rien, désolé… Je préfère me concentrer sur l’avenir ! », m’a-t-il affirmé. L’omerta n’est visiblement pas un vain mot au cœur du peloton… Affaire à suivre !

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Re: [Żubrówka] Le journal intime d’un néo-pro

Message25 Fév 2015, 20:39

Journal intime de Seweryn Szymaszek

1er décembre 2013
Les meilleurs leçons du manager LeRat


En hommage à l’immense et corpulent feu manager de Zubrowka, j’ai décidé de coucher sur papier les meilleurs conseils technico-philosophiques de M. LeRat.

Leçon # 8 : « N’écoute jamais ton manager »

Les nuits interminables de décembre me dépriment, rien de pire que d’enfourcher sa bicyclette par un matin froid et noir. C’est la rentrée des classes pour les bisons ! Malgré nos muscles flasques et os rouillés, nous sommes heureux de nous retrouver autour d’un pot organisé par le président de Zubrowka. Lors de son discours introductif, Li Mei, notre administratrice, nous informe solennellement, qu’après avis favorable de la firme, le groupe restera en autogestion durant l’année 2014. En bref, Maciej Bodnar, notre brave capitaine, conserve son rôle de manager. Doté d’un sens de l’organisation et de l’anticipation inné, il avait parfaitement suppléer les absences de LeRat en 2012 et de Bruyneel en 2013.

Au dessert, le ventre satisfait et l’esprit egayé par la vodka, nous réclamâmes un discours de Maciej qui, étant donné l’effervescence de l’atmosphère, ne put refuser. En souriant, il grimpa debout sur sa chaise, prit un micro devant les 40 convives et, le regard lointain, ne semblait plus entendre les moqueries des bisons.

« Lorsque j’étais encore néo-pro, il y a bien 10 ans maintenant, le coach avait évidemment remarqué mes capacités de rouleur. Dans un fast-food, devant une salade, je l’écoutais parler la bouche pleine de pain, de viande et de sauce sucrés. « Tu dois te mettre au contre-la-montre, Bobo ! c’est ton avenir, c’est un talent unique qui requiert de connaitre parfaitement son corps et ses limites ! c’est un exercice qui demande de l’intelligence, tu es l’un des seuls à en disposer… ». Perso, ça ne m’intéressait pas, je n’aimais pas assez souffrir pour me lancer dans cette galère, j’ai refusé catégoriquement, préférant par exemple travailler les derniers kilomètres qui précèdent un sprint. « C’est un ordre, Bobo ! Si tu refuses, tu ne passes pas pro, ok ? ». Je n’ai donc pas eu le choix.

Plusieurs années durant, j’ai travaillé le CLM et souffert comme jamais. Les résultats ne suivaient pas, je commençais à déséspérer et, au moment où je réfléchissais sérieusement à changer d’équipe, je remportai le championnat de Pologne du contre-la-montre. Ce fut un véritable déclic car j’enchaînais de bons résultats les années suivantes.

Un jour, je me décidai à remercier coach LeRat pour ce conseil qui ressemblait davantage à un ordre… « Tu sais, Bobo, je donne des instructions ou des recommandations tous les jours, mais finalement, seule une injonction a du sens : n’écoute jamais ton manager ! ». Il sourît et me laissa seul avec mon incompréhension et ma colère. Comme souvent, il s’enfuyait comme une anguille par une pirouette énigmatique…

Pourquoi je vous dis ça alors que je deviens votre manager ? Déjà parce que je suis ivre… et surtout, n’hésitez pas à me prévenir si, un jour, je donne un conseil intelligent !... »

En guise de réponse, mélange d’applaudissements nourris, de huées assorties de coups de chaussure sur la table et de lancers de vodka sur notre nouveau manager.

L'homme contre la montre
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LeRat

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Re: [Żubrówka] Le journal intime d’un néo-pro

Message25 Fév 2015, 20:40

Journal intime de Seweryn Szymaszek

10 janvier 2014
Les meilleurs leçons du manager LeRat


En hommage à l’immense et corpulent feu manager de Zubrowka, j’ai décidé de coucher sur papier les meilleurs conseils technico-philosophiques de M. LeRat.

Leçon # 9 : « L’art de frotter en toute discrétion »

Un matin, à l’occasion de notre entrainement quotidien, Vlad ne me demanda pas de l’accompagner dans la campagne de Varsovie. Il m’invita à l’entrée de la gare de Varsovie et me considéra, l’œil grave : « Petit, c’est fini, je vais te donner ma dernière leçon ; après, je n’aurai plus rien à t’apprendre. Ce matin, le goth, tu entendras mon secret, des années d’entrainement et de perfectionnement pour aboutir à la technique ultime de Vlad ! », acheva-t-il, une main sur la hanche et l’autre index pointé vers le ciel. Je demeurai bouche bée, attendant avec avidité le secret de mon mentor et interloqué par le lieu de l’entrainement.

Malgré l’heure de pointe et son flot dense d’usagers, Vlad m’invita à le suivre dans les tortueux couloirs de la gare. Peu à peu, il accélérait. Malgré les files, les croisements, les bousculades, mon entraineur s’infiltrait sans peine, se contorsionnait, s’abaissait, sautillait, mais jamais il ne ralentissait son rythme. Très rapidement contrarié par la consistance du flux, je le perdai. Sur les quais de la gare, je le cherchais du regard autour de moi, lorsqu’une pression sur mon fessier attira mon attention. Je vis alors le sourire de Vlad, 20 cm devant moi, la main sur ma fesse droite. « Co… co… », bredouillai-je. « Comment j’ai fait ? c’est ma technique secrète, le goth ! l’art de frotter en toute discrétion ! très utile pour se mouvoir dans un peloton -et tu sais comme moi qu’une des clés du cyclisme réside dans le placement-, et primordiale pour approcher la gente féminine sans se faire repérer… ». Estomaqué par le double usage de cette technique par Vlad, quinze bonnes secondes me furent nécessaires pour m’apercevoir que la main de mon entraineur palpait toujours mon derrière. « Euh coach, vous pouvez… merci…»

Pendant un mois, je suivis alors son entrainement basé sur la rupture d’équillibre, la vision et l’anticipation, le transfert de poids vers l’extérieur, la projection sur les sensations d’autrui, etc. Tous les matins, dans la gare de Varsovie, nous nous exercions à éviter et slalomer entre les corps, pousser sans en avoir l’air, toucher sans trop en faire… Il faisait parfois la démonstration de ses talents dans les trains bondés, en caressant discrétement certaines jupes, puis, lorsque ses pulsions l’encourageaient au-delà de la limite, en s’enfuyant tel un renard et laissant un de ses voisins assumer la colère de la victime… Je rentrais de ces entrainements, honteux et dubitatif, mais aperçus rapidement qu’ils portaient leurs fruits, parvenant à accompagner Vlad dans ses courses le long des couloirs de la gare.

Hier soir, alors que j’accompagnais Edyta au cinéma, j’eus l’idée d’utiliser la technique secrète de Vlad. Même si je m’étais juré d’utiliser ce pouvoir pour faire le bien, la pulsion était trop forte. Ainsi, dans la file d’attente, observant l’air de rien dans un sens opposé, j’approchais ma main des reins de mon amie. Au contact aussi léger que l’air, elle ne bougea pas, puis, profitant d’un mouvement de la file d’attente, j’abaissais la main vers le bas de son dos, je la sentis se raidir. Ce brin de crispation me fit perdre la souplesse de mes doigts, erreur de débutant car je perdis le contrôle et sentis le revers de mon pouce suivre la raie du séant de mon amie, douce sensation, mais pas pour longtemps. Edyta saisit ma main et me gifla le visage avec fermeté. Son regard me contempla avec la même violence : « Ce n’est pas parce que nous sommes ensemble que tu dois te permettre toutes les goujateries ! Bonne soirée ! ». Et elle me planta là…

Le lendemain matin à la gare, observant cette rougeur sur ma joue, Vlad me sourit : « Ah, le goth, tu as encore besoin d’entrainement, toi ! »

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LeRat

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Re: [Żubrówka] Le journal intime d’un néo-pro

Message25 Fév 2015, 20:41

Journal intime de Seweryn Szymaszek

22 janvier 2014
La chronique du néo-pro, par R. Janik


Objectif ProTour pour les bisons ! cette fois, c’est officiel, la firme s’affirme ! Li Mei, administratrice de l’équipe, a présenté ces objectifs ambitieux pour 2014 : pour valider le ticket ProTour en 2015, les bisons devront se classer à l’une des deux premières places du classement Continental. Rappelons qu’elle s’est classée 3ème en 2013, notamment en laissant filer cette 2ème place in extremis afin d’apaiser les dégats occasionnés par le scandale Bruyneel de l’été dernier.

Aussi, l’équipe a conservé une belle stabilité, en nommant le coureur Maciej Bodnar en qualité de manager et capitaine de route, et en observant peu d’évolution dans son effectif :
- départ des néo-pros Probierz, Antosiewicz, Tomasiewicz, Jamroz et Jezierski,
- arrivée des néo-pros Kudkacik, Lewna, Jaczewski, Morawski et Czakon.

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Comme tous les ans, les bisons concentreront leur puissance de feu, les co-leaders Kemar, Marczynski et Lenczewski, sur les courses à étapes et semi-classiques vallonnées. L’équipe pourra également compter sur le talent de Bodnar lors des contre-la-montre, Zuelinski dans les sprints, et bien entendu, notre ami Szymaszek sur les routes pavées.

Celui-ci s’est notamment illustrer lors de la conférence de presse de Zubrowka, son entraineur personnel ayant affirmé qu’il disposait désormais d’une arme secrète pour vaincre ses adversaires. Malheureusement, suite à cette déclaration provocatrice, le jeune ex-néopro avait disparu de l’auditorium. Mes talents de journalistes m’ont permis de le retrouver dans les toilettes, cependant, enfermé derrière une porte close, et malgré mon insistance, Szymaszek a préféré garder une attitude muette et méprisante vis-à-vis du peloton…

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Re: [Żubrówka] Le journal intime d’un néo-pro

Message25 Fév 2015, 20:43

Journal intime de Seweryn Szymaszek

2 mars 2014
Les pavés en hiver


Ma relation avec Edyta devenait aussi fraîche que la capitale polonaise au mois de février, elle me reprochait mon apathie quotidienne alors que ses sautes d’humeur m’énervaient… J’accueillis donc avec douceur les courses méditérranéenne de début de saison, dans la perspective d’arriver en forme pour les premières épreuves flandriennes prévues au début du mois de mars.

Hier, se tenait le circuit Het Nieuwsblad, un mini Tour des Flandres autour de Gand. Durant 140 kilomètres, mon capitaine Bodnar me protégea et m’accompagna dans les premières positions jusqu’au pied du Taaienberg, point de départ des 35 kms clés, composés de 5 côtes et 5 secteurs pavés. Avant de lâcher prise, Maciej me glissa le conseil de suivre Van Avermaet qu’il sentait fort. Au cours des enchainements côtes-pavés, je m’appliquais à rester placé, quitte à prendre un peu le vent et jouer des coudes, tout en gardant un œil sur le leader BMC. Avant le Wolvenberg, je regardai derrière moi et m’aperçus qu’il ne restait plus que 20 coureurs ! Les attaques se multiplièrent, j’essayai de suivre le rythme des Sky qui semblaient jouer la carte Boasson Hagen. Les 20 kms du final de plaine restèrent dangereux avec ses 3 secteurs pavés et le vent de côté. Je m’accrochai au groupe principal, sans essayer de comprendre les multiples attaques et coups de bluff des acteurs principaux. Dans les derniers kms, il me semblait que je roulais dans le 3ème groupe avec Phinney, Devenyns, Demare et des gars que je ne reconnaissais pas. Au sprint, je franchis la ligne avant-dernier du groupe, loin du duo vainqueur Stannard et Van Avermaet. Lors de mon entrevue avec le journaliste Rafal Janik qui suivait mes aventures, j’affirmais être « plus fier de ma capacité à suivre les stars des flandriennes que de ma 10ème position finale ».

1. Ian Stannard (GBR, Team Sky) en 4h49'55"
2. Greg Van Avermaet (BEL, BMC Racing Team) m.t.
3. Edvald Boasson-Hagen (NOR, Team Sky) à 24 sec.
4. Sep Vanmarcke (BEL, Belkin) m.t.
5. Niki Terpstra (PBS, Omega Pharma-Quick Step) m.t.
6. Jean-Pierre Drucker (LUX, Wanty-Groupe Gobert) à 1'34"
7. Taylor Phinney (USA, BMC Racing Team) m.t.
8. Dries Devenyns (BEL, Giant-Shimano) m.t.
9. Egoitz Garcia (ESP, Cofidis) m.t.
10. Seweryn Szymaszek (POL, Zubrowka) m.t.

Aujourd’hui, le Kuurne-Bruxelles-Kuurne, au profil plus proche d’un Gand Wevelgem, a offert un scénario complètement différent. Comme la veille, Bodnar m’a protégé toute la journée, malgré le froid et le vent. Sur le Kwaremont, les OPQS ont forcé l’allure, suivis de près par les Belkin ; à la bascule, les deux équipes accélérèrent encore, si bien que le peloton s’émietta totalement. Maciej, sentant le coup, se sacrifia pour rattraper le groupe de 10, composés de 5 OPQS dont Boonen, 3 Belkin dont Vanmarke, un TopSport et Vansummeren de la Garmin. Epuisé par cet effort intense, mon capitaine lâcha, il restait 35kms. Avec mes deux camarades en sous-nombre, nous restions au chaud derrière les deux puissantes équipes, j’observais et estimais les forces de chacun. Tout le monde semblait jouer le sprint, ce qui ne me convenait pas. A 4 kms de la ligne, nous entrions à Kuurne, les bâtiments contrariait un peu le vent, rendant une attaque possible. J’invitai Vansummeren et le TopSport à suivre mon attaque, ce que fit le premier. Elle manquait sans doute de tranchant, car le leader Garmin faillit me lâcher lorsqu’il prit son relais. Deux kilomètres durant, je rêvai d’une victoire devant les cadors du peloton, mais la puissance collective d’OPQS et Belkin me fit revenir à la réalité. Rattrapé et usé par l’effort, je parvenais à peine à suivre le groupe de tête dans les ultimes hectomètres, je franchis la ligne en 7ème position, davantage satisfait de la place que par le rôle de suceur dont je pus profiter lors du money time. Près du podium, j’aperçus quelques gestes amicaux de mes compagnons d’échapée, dont je ne sus que faire, mis à part un timide sourire.

1. Tom Boonen (BEL, Omega Pharma-Quick Step) en 4h28'55"
2. Moreno Hofland (PBS, Belkin)
3. Sep Vanmarcke (BEL, Belkin)
4. Yves Lampaert (BEL, Topsport Vlaanderen-Baloise)
5. Stijn Vandenbergh (BEL, Omega Pharma-Quick Step)
6. Maarten Wynants (BEL, Belkin)
7. Seweryn Szymaszek (POL, Zubrowka) m.t. à 2s
8. Nikolas Maes (BEL, Omega Pharma-Quick Step)
9. Matteo Trentin (ITA, Omega Pharma-Quick Step) à 4s
10. Johan Van Summeren (BEL, Garmin-Sharp)

Au retour de ce week-end, Maciej affirma que j’avais changé de statut, le peloton m’avait découvert et compris qu’il devra compter sur moi à l’avenir. Je repensais au manager LeRat : « Tu pourrais bien me surprendre, le goth, je n’y crois pas trop mais on ne sait jamais… ». Je n’y croyais pas trop non plus, mais je comptais bien me tromper !

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